Image CPROM : "J'apprends la découpe du cabri en Savoie !"

Interview

Publié le : 16.04.2018 Modifié le : 13.07.2018

Onze demandeurs d'emploi martiniquais, guadeloupéens et guyanais quitteront la Savoie le 26 avril, où ils se forment depuis février 2018 au métier de boucher en grande distribution. Dès leur retour,  Ils intègreront les enseignes domiennes qui les ont présélectionnés pour se préparer au CQP Boucher. Au bout, les attend un emploi. Un bel exemple de "mobilité retour" que nous décrivent les directeurs d'Opcalia Martinique, Guadeloupe et Guyane et qui concernera La Réunion et Mayotte.

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Quelle est la genèse de cette aventure ?

Tous les territoires ultramarins manquent de bouchers. Comme en métropole, c’est un métier qui souffre d’une image négative : pénibilité, faible salaire,…
Olivier Marcelin, directeur Opcalia Martinique

Olivier Marcelin, directeur Opcalia Martinique. Opcalia qui accompagne en Outre-mer les enseignes de la grande distribution a donc pris à bras le corps cette problématique de pénurie de bouchers en grande distribution en s’appuyant sur l’accord national de partenariat signé en février 2017 entre le ministère des Outre-mer et Opcalia. Cet accord porte sur une démarche globale adaptée aux Outre-mer : la formation à un emploi qualifié avec mobilité et garantie d’embauche au retour.

C’est ainsi que le CPROM est né, sur la base d’une analyse auprès des entreprises de leurs besoins de qualification non pourvus et du constat d’une offre de formation locale inexistante et difficile à créer car trop coûteuse, au regard du nombre insuffisant de participants. Le métier de boucher est apparu pour toutes les régions ultramarines comme le plus urgent à traiter. C’est pourquoi nous avons bâti un partenariat avec Pôle emploi, le RSMA*, les missions locales et LADOM** dans chacun de nos territoires pour permettre à des demandeurs d’emploi d’apprendre les bases du métier en métropole pour l’exercer ensuite dans leur région d’origine au sein d’entreprises qui les ont présélectionnés, et d’obtenir le CQP Boucher.

*RSMA : Régime du Service militaire adapté
**LADOM : L’Agence de l’Outre-Mer pour la Mobilité

Quels sont les dispositifs mobilisés pour cette opération ?

Valérie Chassaing, directrice Opcalia Guadeloupe. Ces parcours de formation sur-mesure comportent :

  • Une immersion (PMSMP)* d’un mois dans une entreprise partenaire d’Opcalia. C’est une étape très importante qui permet de sécuriser à la fois le jeune et l’entreprise ;
  • Une POEC de 3 mois en métropole, à la Maison familiale rurale (MFR) du Fontanil, à Saint-Alban-Leysse près de Chambéry en Savoie. Le sur-mesure va jusqu’à apprendre à découper le cabri approvisionné spécifiquement (destiné à la préparation du colombo et autres recettes domiennes), qui est une viande différente de l’agneau ;
  • Un contrat de professionnalisation adapté aux besoins des entreprises et des bénéficiaires selon leurs besoins, d’une durée d’un an dans l’entreprise locale qui les a présélectionnés. L’objectif premier est d’obtenir un CQP.

Olivier Marcelin. À la Martinique, en faisant passer aux candidats le questionnaire de Pôle emploi (« Formation et contrat de professionnalisation boucher »), nous avons pris conscience d’une non-maîtrise des compétences de base très élevée. La moitié des candidats ne sont pas allés plus loin. Les candidats ont bénéficié d’une évaluation à CléA  avant leur départ en formation au Fontanil, et il est prévu qu’ils suivent une formation CléA à leur retour, dans le cadre de leur contrat de professionnalisation.

Le caractère sur-mesure de ce parcours (point-clé de la démarche, à l’instar de Prodiat) peut conduire une entreprise à envisager de compléter la formation du candidat, à son retour de Savoie, d’une formation de sauveteur, secouriste du travail, par exemple, ou d’une formation aux techniques de gestion.

*PMSMP : Parcours d’insertion des périodes de mise en situation en milieu professionnel organisées par Pôle emploi.

Comment s’effectue la sélection des candidats ?

Notre priorité est de satisfaire les besoins de nos entreprises. Il faut éviter de leur proposer des candidats qui n’iront pas jusqu’au bout de la démarche, de la présélection au recrutement en contrat de professionnalisation en passant par la POE en métropole. Nous avons un engagement vis-à-vis d’elles.
Baptiste Labeyrie, directeur Opcalia Guyane.

Baptiste Labeyrie, directeur Opcalia Guyane.  Nous sommes donc très investis dans le sourcing des candidats. En Guyane, un seul candidat (sur deux), jeune de moins de 25 ans, a été retenu pour cette première session. Tout simplement parce qu’une seule enseigne a souhaité recruter un boucher. Le second candidat est retenu pour la période d’immersion de la 2ème session de CPROM Boucher qui va démarrer fin avril.

Olivier Marcelin. La clé de la réussite d’un tel dispositif est la motivation des candidats. Nous sommes investis dans la démarche amont d’identification des profils avec Pôle emploi. Nous avons organisé des réunions d’information avec des professionnels de la boucherie, puis soumis un questionnaire écrit aux candidats pour évaluer à la fois leur motivation pour choisir le métier de boucher, passer plusieurs mois en métropole pour se former, connaître leur vision du métier et leur maîtrise des  savoirs de base. À la Martinique, 80 candidats se sont présentés pour 7 postes. Les profils sont divers : des jeunes (garçons et filles) de 25 ans débutants comme des candidats plus âgés en reconversion. Par exemple, l’un vient du secteur agricole, un autre est titulaire d’un BTS dans le bâtiment, un autre était chef d’entreprise.

Valérie Chassaing. En Guadeloupe, nous avons retenu trois candidats finaux pour trois entreprises locales : trois hommes (deux jeunes et un candidat expérimenté). Pôle emploi les a reçus pour la présélection en présence d’Opcalia. Une bonne sélection en amont est le gage de réussite de la démarche.

Opcalia a-t-il gardé un lien avec les candidats pendant leur séjour en Savoie ?

Olivier Marcelin, Valérie Chassaing, Baptiste Labeyrie. Tout au long du processus, Opcalia est présent. En premier lieu parce que nous souhaitons sécuriser l’entreprise qui nous fait confiance et pour que le candidat, de sa présélection jusqu’à son recrutement définitif, réponde bien à ses attentes. Nous les avons accompagnés à l’aéroport au départ (certains n’avaient jamais pris l’avion), et nous irons les accueillir à leur retour. Parfois l’accompagnement est allé jusqu’à fournir un pull ou une doudoune pour prévenir le choc thermique d’une arrivée en Savoie en plein hiver.

Sur place, Opcalia, et le centre de formation MFR Le Fontanil  ont également prévu l’hébergement/restauration du stagiaire, le transport, leur tenue et leur outillage professionnels.

De plus, un référent pédagogique local, dans chaque territoire concerné, a été sélectionné et formé par Opcalia, notamment au regard de son expérience sur Prodiat, développée depuis plusieurs années par Opcalia, et dont l’approche de l’emploi et la formation sur-mesure ont permis jusqu’à présent de démontrer l’efficacité de ce dispositif au sein des entreprises et des territoires, notamment domiens. Il est garant de l’efficacité de l’ensemble de la démarche, de la PMSMP, à l’évaluation finale en entreprise, en passant par la POEC en métropole et le contrat de professionnalisation.

Le référent met au point par exemple les cas d’entreprises à étudier dans le cadre de la formation en métropole en lien avec la MFR, il organise le passage du test CléA en local, il fait le lien avec LADOM et Pôle emploi, s’assure de l’octroi des aides à la mobilité. Il vérifie également que le jeune a effectué toutes les formalités administratives pour effectuer un long séjour en métropole (carte d’identité valable par exemple).

Quelle suite va être donnée à cette première opération et quels sont les autres secteurs en tension identifiés ?

Olivier Marcelin, Valérie Chassaing, Baptiste Labeyrie. Nous insistons sur le fait qu’il s’agit d’un projet inter-dom. La Caraïbe n’est pas la seule concernée. Des candidats réunionnais sont inscrits dans la deuxième session qui va prendre le relais immédiatement après la fin de celle qui s’achève fin avril, toujours à la MFR de Fontanil. En attendant que la situation sociale s’apaise à Mayotte, ce sont deux candidats de la Martinique et un de la Guyane qui composeront la nouvelle promotion d’onze stagiaires.

Que l’on soit dans l’océan atlantique ou Indien, l’objectif et l’ambition sont partagés. Et c’est aussi là la force et la plus-value de ce projet, et celles d’un réseau comme le nôtre : pouvoir mener la première opération concertée, coopérative pour les territoires non métropolitains, ayant un droit d’accès à une « égalité réelle », pour reprendre les termes de la loi du même nom et qui porte cette expérimentation. Parmi les autres métiers en tension qui devraient bénéficier de CPROM figurent le contrôle technique automobile, les métiers de technicien de vente de pièces auto, de mécanicien poids lourd et d’engins de chantier. Nous allons agréger nos besoins entre nous pour monter de nouvelles opérations.

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