Image Good Morning la Formation, épisode 2 - Thierry Teboul & la réforme

Interview

Publié le : 05.12.2018

Deuxième invité de la nouvelle émission d’Opcalia « Good Morning la formation », Thierry Teboul a joué le jeu et a répondu aux questions de Laurent Gérard sur la réforme de la formation professionnelle et sur l'avenir de l’OPCA Afdas.

Thierry Teboul Afdas

Animée, par Laurent Gérard, Good Morning la Formation est votre émission TV mensuelle d’information sur l’emploi et la formation professionnelle.

Chaque mois, un acteur politique, social, culturel ou économique se livre à une interview de 15 minutes pour donner aux spectateurs les clés de l’actualité.

Pour ce second épisode, Thierry Teboul, Directeur général de l’Afdas, répond aux questions de Laurent Gérard. Retrouvez la retranscription dans cet article.

Laurent Gerard Web

Sommaire de l'interview

Introduction

Laurent Gérard : Vous êtes directeur d’un OPCA, l’AFDAS, présentez-nous cette institution.

Thierry Teboul : L’AFDAS, aujourd’hui, est un OPCA, un OPACIF et un OCTA qui couvre le champ des médias, de la communication, de la culture et des loisirs.

L’AFDAS demain on ne sait pas ! Ce que l’on sait en revanche, c’est que le rapport Marx-Bagorski propose un OPCO des médias et de la culture. Nous pouvons donc penser que l’AFDAS se réinventerait sur cette base-là dans un avenir assez proche.

Collecte et réforme

L.G. Comme nous l’avons fait avec Yves Hinnekint le mois dernier, quelques questions sur les présupposés de la collecte et de la réforme. Est-ce que pour vous c’est un problème de perdre l’acte de collecte ?

T.T. J’ai la faiblesse de croire que ce n’est pas une perte. Si c’est une perte, cela veut dire que nous en avions fait une forme de business. Or ce n’est pas le cas.

La collecte est un moment très spécifique dans la relation que nous avons avec les adhérents, où nous venons collecter de l’argent. Je suis toujours sceptique quand on me dit que c’est aussi un moment où l’on vient promouvoir la formation. Nous avons bien d’autres moments dans l’année pour avoir des relations avec les adhérents et je fais le pari qu’une autorité morale comme l’URSSAF sera presque meilleure que nous en matière de collecte.

L.G. Le fait que les URSSAF collectent l’intégralité de ce que l’on peut s’attendre demain à pouvoir collecter ne vous pose pas de problème, notamment sur le conventionnel ?

T.T. On sait que beaucoup d’OPCO-OPCA voudraient garder la collecte du conventionnel. Je ne vois pas très bien pourquoi. C’est une loi qui vise à simplifier.

Aujourd’hui, le conventionnel, comme le légal, est assis sur la masse salariale. Quel est l’intérêt pour les entreprises d’avoir un bordereau pour du légal d’un côté, et un bordereau pour le conventionnel avec son opérateur de compétences de l’autre ? Très franchement, on se compliquerait la tâche. Je ne suis pas sûr que ce soit ce que souhaite le gouvernement.

L.G. Le deuxième point important de cette réforme, c’est la monétisation du CPF. Quel est votre avis sur la question ?

T.T. Je ne sais pas si j’ai un avis tranché. Dans un premier temps, c’est sûr, cela va un peu désorienter le marché, pour ceux qui offrent comme pour ceux qui demandent. Le vrai sujet, il viendra dans un second temps, quand il faudra réguler que l’on achète bien des choses concrètes avec un forfait.

L’enjeu de la monétisation c’est également celui des contenus. Que comprends un parcours de formation ? Qu’achète-t-on pour tant d’euros ? Je crois qu’il faut être vigilant. Même si, après tout, ce n’est peut-être pas nous qui devrons l’être mais la Caisse des Dépôts, sur ce qu’elle finance. Nous savons ce que nous finançons, il faudra que la Caisse des Dépôts fasse attention à ce qu’elle finance aussi de son côté.

Alternance

L.G. Le gouvernement a des ambitions importantes en termes d’alternance. Qu’en est-il aujourd’hui à l’AFDAS ? Quelles sont les ambitions de vos branches ?

T.T. Elles sont très importantes ! Je pense que nous avons pris conscience à l’AFDAS ces dernières années, que l’on ne peut pas vivre dans un pays avec plus de 20 % des jeunes qui n’ont pas un job ! On doit donc s’interroger sur « comment faisons-nous pour trouver des SAS vers l’emploi pour ces personnes-là ?  » C’est une bombe à retardement d’un point de vue sociétal.

La culture et les médias ont leur rôle à jouer dans cette histoire. Je pense qu’ils commencent vraiment à le jouer parce qu’au cours des trois dernières années, nous avons quasiment crû de 15 % par an en termes de contrats de professionnalisation par exemple. Ce qui veut dire que tous les obstacles qui existaient avant en disant : « Ah ! La culture, ce n’est pas facile ! Comment peut-on être comédien ou producteur en alternance ? » … Toutes ces barrières tombent.

Elles tombent car nous avons travaillé le développement de l’alternance auprès des entreprises, mais nous avons aussi travaillé auprès des organismes de formation pour reformater l’offre pour qu’elle soit un peu plus en adéquation avec les impératifs de production de nos champs. En effet, nos branches ont des impératifs particuliers, nous sommes sur des économies de projets. Un film, par exemple, dure entre telle date et telle date… Mais le contrat d’alternance peut durer plus longtemps.

Par exemple à Lyon, nous avons aidé à la création d’un CFA qui s’est articulé autour d’un groupement d’entreprises. Les jeunes font un métier de scénariste, de réalisateur ou de producteur, en alternance, et ils sont pilotés par un groupement d’entreprises qui les affecte. Ça, c’est le genre d’innovation vers lequel nous devons aller, parce que l’économie est de moins en moins linéaire. Dans nos économies, on n’arrête pas le montage parce que le jeune dit  » Demain j’ai école je suis désolé je ne peux pas venir. «

Il y a des vrais sujets de rénovation de l’offre de formation. Et depuis trois ans, nous travaillons avec les organismes de formation pour que, justement, cette adéquation ait lieu et que la rencontre soit moins contraignante.

L.G. Toutes les branches aujourd’hui adhérentes à l’AFDAS sont-elles sur le même volontarisme de vouloir développer l’alternance ?

T.T. Le spectacle vivant est un peu en retard, mais légitimement parce que la question de jouer le soir est une contrainte… Il y a des contraintes dans l’alternance qui s’accommodent assez mal de ce genre de choses. Néanmoins, on a un CFA des comédiens, un CFA du cinéma… On vient de créer un CFA de l’animation et du film d’animation à Perpignan. On a accompagné également à notre niveau un CFA des DJ.

Je crois qu’il n’y a plus aucun métier aujourd’hui qui ne se pose pas la question pour prendre à bras le corps ce sujet. L’alternance n’est pas la réponse à tout chômage des jeunes. Mais c’est quand même un accélérateur d’insertion et un accélérateur de carrière.

Si on veut traiter dans le fond cette question du chômage des jeunes, il faut que l’alternance y contribue. Je crois que dans la réforme, il y a des sujets qui sont très intéressants à creuser. Je pense au préapprentissage par exemple. Car, il y a le fait de trouver un contrat, et celui de garder son contrat. Plus les populations sont décrocheuses et plus les taux de rupture sont importants. Il faut les préparer à cela. On ne s’improvise pas en sortant d’un lycée technique ou d’un lycée pro, salarié dans une entreprise du jour au lendemain.

Le préapprentissage, c’est une vraie bonne idée ! En fait, on ne le finançait pas, on appelait cela la période d’essai de l’apprenti. Avec le préapprentissage, on veut financer l’accompagnement de sorte que la personne qui entre en préapprentissage se donne toutes les chances de signer un vrai contrat d’apprentissage après.

L.G. Un gros chantier attendu du gouvernement vis-à-vis des branches, est de fixer des tarifs sur le coût du contrat, notamment de l’apprentissage. Le gouvernement attend ces éléments là pour le 1er février, comment est-ce que cela peut se mettre en place et quel est le rôle des OPCA pour faciliter le travail des branches ?

T.T. Nous avons un atout majeur depuis que nous sommes tous OCTA, on répartit la taxe d’apprentissage, on a des bases de données normalement sur : « Combien coûte une formation ? »,  « à quel niveau ? », etc.

Je pense que d’un point de vue méthodologique, si nous croisons nos données d’OCTA avec les données de la région, à priori nous devrions pouvoir aider efficacement les branches pour être prêtes j’espère au 1er février. Et à mon avis elles seront prêtes. Le coût sera imparfait, certes, mais je crois savoir qu’il sera fixé pour 2 ans.

Par la suite, nous aurons 2 ans pour vérifier que cette prise en charge permet de bien couvrir les dépenses d’un CFA. Je pense que l’un des enjeux majeurs de l’apprentissage, c’est qu’on ne peut pas réguler sans la qualité. On ne peut pas faire de fausses promesses aux jeunes. Il faut avoir une qualité supérieure dans l’apprentissage.

Et il ne faut pas lésiner sur la prise en charge si nous voulons un accompagnement, des contenus de qualité, un suivi, notamment une fidélisation du jeune pendant toute la durée du parcours. Si nous voulons individualiser les parcours, c’est quand même ce à quoi nous invite la loi car il y a trop de jeunes qui arrêtent leurs contrats parce qu’ils s’ennuient, ou parce qu’une partie du programme ne leur convient pas, alors il faut que nous soyons plutôt mieux disant sur les coûts plutôt que moins disant.

Rapport Marx-Bagorski

L.G. Nous avons évoqué le rapport Marx-Bagorski, revenons-y maintenant. Tout le monde rencontre tout le monde en ce moment. Des branches rencontrent plusieurs OPCA pour savoir là où elles pourraient atterrir. J’imagine que vous êtes dans la même dynamique …

T.T. Ah ! Pas tout à fait mon cher Laurent. Parce que le  « tout le monde rencontre tout le monde  » n’est pas la stratégie de mon conseil d’administration. La stratégie du conseil d’administration de l’AFDAS a été, et très en amont, de dire : nous prenons le premier critère qui nous semble le plus efficient et qui permet d’ailleurs de dire qu’il y aura un opérateur de compétences de la culture et des médias, c’est la cohérence.

Nous avons décidé de ne pas avoir une tactique « attrape tout », mais plutôt une tactique qui consiste à dire que si nous avons quelque chose à voir avec une branche, si nous avons des choses à nous dire, à construire ensemble, des projets communs de développement sur les thèmes principaux de la réforme, comme l’alternance ou le développement des compétences dans les entreprises de moins de 50 salariés, alors nous nous rencontrons, nous discutons, nous regardons ce que nous pouvons faire ensemble. Ça marche, ça ne marche pas, c’est quand même du ressort du politique.

La question de la cohérence est essentielle dans cette histoire. Il ne faut pas non plus fantasmer sur le « tout le monde rencontre tout le monde ». Je pense que les politiques ne sont pas dans une logique de danse du ventre. Ce n’est pas ça le jeu. Le jeu est de dire on va se réformer, j’espère pour longtemps. Durablement.

On va créer onze opérateurs de compétences pour, à terme, 200 branches, si on suit les recommandations du gouvernement. Ce n’est pas beaucoup 11 opérateurs pour 200 branches, tout comme 20 opérateurs, ce n’était pas beaucoup pour 500 branches. Cela veut dire qu’il faut que nous ayons des problématiques communes au sein des opérateurs de compétences.

Chez nous, par exemple, nous avons un vrai sujet autour des carrières discontinues, des aléas de carrière et des carrières courtes : un danseur, un circassien, ça s’arrête assez vite. Et donc, nous avons accompagné ces thématiques : la mutation économique d’un côté, les carrières singulières de l’autre.

L.G. La réforme recentre les financements sur les entreprises de moins de 50 salariés. Est-ce que cela change beaucoup les pratiques de l’AFDAS ? Comment éviter une rupture entre moins de 50 et plus de 50 (salariés) ?

T.T. Il ne faut pas qu’il y ait de rupture ! L’économie n’est qu’une chaîne d’interdépendance. Et chez nous particulièrement, entre ceux qui créent, ceux qui produisent et ceux qui diffusent, nous avons tous besoin du même niveau de compétence.

Est-ce que cela change quelque chose ?

La réponse pour moi est non. Nous avons 92  % de TPE sur les 130 000 entreprises adhérentes à l’AFDAS. L’accompagnement que nous faisions, il faut continuer à le faire. Et il faut que nous le fassions mieux, ça c’est sûr ! Il faut notamment s’attacher à ce que plus de gens partent en formation dans les entreprises de moins de 50 salariés, et qu’ils y partent plus souvent. Et tous !

C’est pour cela que nos systèmes d’information devront se doter d’outils qui ressemblent à ceux du marketing, c’est-à-dire des outils de CRM. Ce n’est que comme cela que nous arriverons à vérifier que chacun bénéficie bien dans un laps de temps réduit, la loi dit 6 ans, d’une formation pour maintenir son niveau d’employabilité. Tout le monde y a intérêt, toute la chaîne de l’économie. Les moins de 50, comme les plus de 50. La bonne compétence des moins de 50 a un effet sur les compétences des plus de 50.

Conclusion

L.G. Merci Thierry d’être passé ce matin pour ce petit déjeuner avec moi, et pour ce discours très franc, très lucide sur la réforme. Une conclusion ?

T.T. Il y a un mot qui, me semble-t-il, doit caractériser désormais toutes les relations que nous devons savoir entretenir avec l’écosystème de la formation, c’est celui de confiance.

Nous sortons d’un climat de défiance à l’égard de l’argent, des organismes de formation fraudeurs, de la gouvernance des opérateurs… Beaucoup de fantasmes. Remettons tout à plat et inscrivons-nous dans un nouveau genre, celui de la confiance.

C’est mon souhait le plus cher à partir du 1er Avril.

Merci Thierry à bientôt !

Good Morning la formation : épisode 1

La première émission a été tournée le 19 septembre dernier avec Yves Hinnekint sur les enjeux de la nouvelle réforme.

Consulter l’article sur l’épisode 1

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