Image Good Morning la formation, épisode 3 - Michel Guisembert et l'apprentissage

Interview

Publié le : 15.01.2019 Modifié le : 05.02.2019

Troisième invité de l' émission d’Opcalia « Good Morning la formation », Michel Guisembert, Président de Worldskills France, revient avec Laurent Gérard sur l'état de l'apprentissage en France suite aux finales des Olympiades des métiers qui ont eu lieu au mois de décembre à Caen.

Capture Michel Guisembert President Worldskills France

Animée, par Laurent Gérard, Good Morning la Formation est votre émission TV mensuelle d’information sur l’emploi et la formation professionnelle.

Chaque mois, un acteur politique, social, culturel ou économique se livre à une interview de 15 minutes pour donner aux spectateurs les clés de l’actualité.

Pour ce troisième épisode, Michel Guisembert, Président de Worldskills France, parle de la situation de l’apprentissage en France, des évolutions à venir, de l’impact de la réforme sur l’alternance et ses acteurs. Retrouvez la retranscription dans cet article.

Laurent Gerard Web

Sommaire de l'interview

Introduction

Laurent Gérard : Vous êtes président de Worldskills France, la structure qui organise les Olympiades des métiers. Les finales se sont déroulées à Caen. Quel est votre premier sentiment à leur issue ?

M.G. Une parfaite réussite ! Imaginez-vous avoir vu pendant 3 jours, 660 jeunes en compétition devant plus de 50 000 visiteurs, dans 57 métiers, c’est forcément grisant. Le tout avec beaucoup de compétences, pour accéder à l’excellence. On ne peut être que ravi. Aux dernières Olympiades, 67 % des compétiteurs étaient issus de l’apprentissage.

Laurent Gérard : L.G. Vous voulez en faire véritablement une fête de l’apprentissage en quelques sortes ?

M.G. Oui ! bien sûr, mais au-delà de l’apprentissage, c’est aussi la formation professionnelle qui est en jeu. Car c’est l’occasion de montrer à une grande partie de la jeunesse qu’il n’y a pas qu’une seule voie : celle des études de l’enseignement supérieur, de l’université, etc. Il y a aussi les études très longues, au travers de la formation professionnelle, en passant par l’apprentissage via l’alternance, ou via aussi d’autres systèmes comme le contrat de professionnalisation par exemple.

Alternance

L.G. L’accès à la filière métier est un vieux questionnement en France. Qu’est-ce qui vous fait dire que la cause avance ?

M.G. Il faut démystifier le monde du travail. Un grand nombre de jeunes, pour bien les connaître, hésitent à prendre rapidement une voie professionnelle. Parce que c’est aussi entrer dans le monde du travail, c’est une rupture par rapport au système scolaire. Ce ne sont plus les mêmes vacances, les mêmes contraintes. Ce n’est plus un environnement qui est marqué par des notes, des appréciations. Non, on est dans le monde réel, de l’économie réelle avec des vrais enjeux, avec au bout des clients, des cahiers des charges. C’est tout ça. Et de mon point de vue, ce n’est pas suffisamment bien expliqué à notre jeunesse, et ça peut lui faire peur.

La jeunesse d’aujourd’hui ne connaît pas le monde du travail ni le monde des entreprises. Les entreprises sont fermées, les chantiers sont aussi bouclés pour des systèmes de sécurité, les labos sont interdits.

Les jeunes n’ont plus la chance que peut-être d’autres avaient avant eux, celle de rencontrer le monde des adultes qui travaillent.
Michel Guisembert, Président de Worldskills France

A tel point, je vais vous raconter une petite anecdote. J’ai eu l’occasion, lors d’une sélection régionale, de voir avec mon épouse, des enfants en très bas âge avec une maîtresse. Et elle s’interrogeait : pourquoi étaient-ils ici ? Elle s’est donc approchée en demandant « Mais pourquoi vous amenez ces enfants de si bas âge voir la compétition des métiers ? ». Et la maîtresse, qui a eu une réponse extraordinaire, répond « Mais on vient voir le métier de papa ! »

Aujourd’hui, les enfants ne connaissent même pas le métier et l’environnement de leurs parents.

L.G. Un petit point lorsqu’on fait le bilan sur les dernières olympiades, c’est finalement la relative faiblesse de la présence féminine parmi les compétiteurs. D’où cela vient-il ?

M.G. C’est un vrai sujet pour lequel il me semble qu’aujourd’hui, même si on a des éléments de réponse, on n’a pas toutes les réponses, parce que les acteurs de cet état de fait sont nombreux.

Pendant trop longtemps on a quand même fustigé tous ceux qui allaient dans les voies professionnelles, parce que c’était plutôt des jeunes qui avaient raté quelque chose. En les traitant d’illettrés par exemple : « Puisque tu ne sais pas lire tu ne sais pas compter etc… Tu feras maçon ». Deuxièmement les entreprises n’ont pas toujours été ouvertes à l’arrivée des femmes dans les métiers. Souvent en mettant en avant les aspects obligations, sécurité, maternité à venir par la suite.

Sans trop le dire, on a mis en avant qu’une femme était plus un problème qu’une solution. Il nous faut sortir de ça.

Et puis le milieu scolaire à vrai dire n’est pas très favorable encore aujourd’hui à l’arrivée des jeunes femmes dans les filières et voies professionnelles. Nous avons, ce que j’appelle depuis fort longtemps, une réforme culturelle à avoir sur l’orientation professionnelle. Et j’espère bien parce que d’autres pays ont franchi ce cap en Europe ou dans le monde.

Je ne connais pas de métier qui ne soit pas possible d’être pratiqué par une jeune femme. Ils sont tous aujourd’hui complètement accessibles : il n’y a plus de notion ou peu de notion de pénibilité.

Réforme de la formation professionnelle

L.G. La réforme de la formation professionnelle a un volet apprentissage/alternance extrêmement important. Un des éléments de la réforme est le financement au coût contrat. Est-ce, pour vous, la bonne piste pour développer l’apprentissage ?

Une remarque quand on parle de la réforme de l’apprentissage : on arrive rapidement sur le financement. Comme si c’était le sujet principal. Or ce n’est pas le sujet principal, c’est une conséquence.
Michel Guisembert, Président de Worldskills France

Pour revenir à votre question, la réforme a été selon moi principalement axée sur les besoins, la jeunesse d’aujourd’hui et le devenir des métiers. Essentiellement là-dessus. Avec, pour conséquence, une implication beaucoup plus forte des branches professionnelles.

Ça peut être une réforme très intéressante. On va quelque part obliger les branches professionnelles, les filières professionnelles, à s’impliquer directement dans les contenus, dans les parcours, dans les difficultés, peut-être aussi dans la suite à donner à un contrat d’apprentissage.

Je ne suis pas forcément un spécialiste du coût contrat, néanmoins ça me paraît une décision juste. On a trop souvent, pour moi, même si personne n’en a parlé, mélangé l’organisation des organismes de financement et leur implication dans la formation de la jeunesse.

Peut-être que demain, le fait d’avoir ces obligations de résultats va aussi modifier culturellement l’approche financière. C’est un vœu de ma part, parce que je trouve qu’il y a beaucoup d’argent autour de cela, et c’est la raison pour laquelle bien sûr, c’est le sujet numéro un qui arrive sur la table quand on parle de réforme de l’apprentissage. Ce qui est important, c’est qu’il y ait une sensibilisation qui soit faite sur l’orientation, la pertinence et la qualité de la formation.

L.G. A votre avis quel rôle, dans cette logique-là, peut jouer un organisme comme Opcalia ?

M.G. Ils ont un rôle fondamental parce que déjà dans leurs gènes, leur approche concernant la formation professionnelle et l’apprentissage est très saine. Depuis toujours, Opcalia s’est polarisé, s’est focalisé, sur la qualité de la formation.

Quelque part ils seront les garde-fous de quelques débordements qui pourraient arriver ici ou là, mais aussi ceux qui vont obliger les branches et tous les acteurs liés aux métiers à véritablement transmettre le métier d’aujourd’hui, mais aussi à se préparer aux métiers de demain.

L.G. Selon vous, cette logique de coût contrat pourrait garantir la qualité de la formation mais également la qualité de l’insertion professionnelle à l’issue de cette formation ?

M.G. J’en suis persuadé, ça a été vraiment créé pour cela, enfin c’est mon avis, pour amener de la compétence. Parce que la compétence, c’est vraiment la clé.

L.G. Il faut y lire une partie de votre ambition de devenir, via Worldskills France, le pays d’accueil de la finale mondiale des olympiades ?

M.G. C’est un projet qui nous est cher, qui m’est cher, et qui est cher aussi à un très grand nombre de décideurs en France, dont le Président de la République. Nous avons, avec l’ensemble des forces politiques économiques et sociales de notre pays, fait émerger un projet de manière à accueillir les WorldSkills Competition mondiale en 2023.

C’’est un événement énorme qui, au-delà d’une compétition, a pour projet de rassembler et de faire travailler ensemble tous ceux qui ont compris que, dans un pays, il n’y a pas d’autres solutions que de s’occuper de la jeunesse. De la former de manière à ce qu’elle ait un maximum de compétences si demain on veut avoir une société qui sache bien vivre ensemble, une société qui soit solide économiquement et qui soit solide aussi socialement.

Bien sûr, aujourd’hui nous sommes en compétition officielle face au Japon qui a le même projet, la décision sera prise en août 2019 à Kazan. Aujourd’hui, nous sommes en plein lobbying international puisque ce sont 79 nations du monde qui vont décider pour savoir si c’est le Japon, au travers de la province de Aichi, ou la France, au travers de la métropole de Lyon, qui accueilleront en 2023 cette magnifique compétition qui n’aura été jamais vécue comme cela en France.

L.G. En quelques sortes les Jeux Olympiques des métiers avant les JO de 2024 ?

M.G. C’est bien cela, même si on ne peut pas utiliser ce terme parce qu’il est protégé par le Comité Olympique, bien évidemment, mais oui bien sûr la France en 2023 sera la capitale mondiale de la formation professionnelle.

Cette compétition ne doit pas être qu’un « one shot ». Ça ne peut être qu’un point de départ pour qu’ensuite, et définitivement, notre pays ait un regard différent.
Michel Guisembert, Président de Worldskills France

C’est ce que j’appelle une réforme culturelle, différente au regard de l’orientation et la formation professionnelle, parce que c’est vital pour notre pays.

Conclusion

L.G. D’’accord. Très bien. Merci Michel d’être venu prendre un café ce matin avec moi. Merci, Et comme le veut la tradition de Good Morning La Formation, je vous laisse le mot de la fin.

M.G. Pour le mot de la fin, j’ai envie de transmettre ce que nous pouvons faire ensemble via la formation professionnelle. Parce que, et pour l’avoir vécu personnellement, c’est un vecteur de réussite. C’est un vecteur qui permet non seulement de réussir dans la vie, mais aussi de réussir sa vie, et ça me paraît quand même fondamental !

Merci Michel, à bientôt !

Good Morning la formation : épisode 1

La première émission a été tournée le 19 septembre dernier avec Yves Hinnekint sur les enjeux de la nouvelle réforme.

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Good Morning la formation : épisode 2

Pour cet épisode, Thierry Teboul, Directeur général de l’Afdas, répond aux questions de Laurent Gérard.

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Good Morning la formation : épisode 4

Pour cet épisode, Sylvain Humeau Président du GARF, donne le point de vue des responsables formation sur la réforme.

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