Image Good Morning la formation, épisode 5 - Le point de vue de Catherine Fabre sur la réforme

Interview

Publié le : 07.03.2019 Modifié le : 04.04.2019

Pour cet épisode de l’émission Good Morning la Formation, Laurent Gérard accueille Catherine Fabre, Députée de la 2e circonscription de Gironde, Rapporteure du texte de loi Avenir. Un simple changement sémantique pour l’appellation « plan de développement des compétences ? Quid de ProA ? La formation, un sujet du quotidien pour les individus grâce à l’appli CPF ?… Découvrez son point de vue sur la réforme

Catherine Fabre

Animée, par Laurent Gérard, Good Morning la Formation est votre émission TV mensuelle d’information sur l’emploi et la formation professionnelle.

Chaque mois, un acteur politique, social, culturel ou économique se livre à une interview de 15 minutes pour donner aux spectateurs les clés de l’actualité.

Laurent Gerard Web

Sommaire de l'interview

Introduction

Laurent Gérard : Je vais jouer le rôle de différents usagers de la réforme pour que vous puissiez répondre à des questions que nous savons qu’ils se posent.

L.G. Vous êtes députée de la Gironde et surtout, vous êtes rapporteur du texte de loi qui a apporté la Réforme de la formation professionnelle, entre autres. Il était intéressant de vous recevoir aujourd’hui pour avoir avec vous une vision panoramique de la réforme, et puis de se positionner du point de vue des usagers de cette réforme.

La réforme vue par une entreprise

L.G. Première situation, je suis une entreprise. Je lis la réforme en cours et je regarde déjà les niveaux de financement : 1,68 avant, ou 1,23. 1,68 après. Mais à l’usage, je m’aperçois que j’ai beaucoup moins de fonds directs. De votre point de vue, comment je finance aujourd’hui mon plan de formation ?

C.F. Je ne suis pas vraiment d’accord avec vous. Il n’y a pas de perte de financement global. Ce qui veut bien dire que ce financement, il ira quelque part. Et il ira notamment aux entreprises qui, jusqu’ici, n’utilisaient pas du tout l’argent mutualisé pour leur propre plan de formation.

C’est le cas surtout des petites entreprises de moins de 50 salariés. Avec cette réforme, nous organisons une mutualisation pour celles-ci pour qu’enfin les salariés de ces entreprises puissent être formés au même titre que les autres.

L.G. Le dispositif Pro A est éligible pour un certain nombre de publics, mais pas tous. Certaines entreprises se disent déjà que c’est dommage car Pro A ne va certainement pas pouvoir être appliqué à tout le monde. Quel est votre point de vue là-dessus ?

C.F. C’est justement l’objectif de Pro A.

Par le passé, la période de professionnalisation était très ouverte sur les publics et sur les formats de formation. Au final, on a vu que c’était souvent un effet d’aubaine, que les entreprises finançaient, par la période de professionnalisation, des publics qui n’étaient pas des publics prioritaires et des formations qui pouvaient être des formations courtes et pas forcément qualifiantes ou certifiantes.

Avec Pro A, l’idée c’est vraiment de cibler les publics prioritaires, c’est-à-dire les moins qualifiés, pour leur permettre d’accéder à des certifications et augmenter leur employabilité. C’est vraiment la cible de cette réforme : en finir enfin avec le fait qu’en France, les seules personnes qui sont formées aujourd’hui, ce sont les personnes qui ont des qualifications, qui sont cadres, ou qui sont salariés des gros groupes. On cherche vraiment à re-flécher les financements vers les petits groupes et vers les personnes les moins qualifiées. C’est vraiment précisément ça le dispositif Pro A.

L.G. Je suis toujours une entreprise et je vois le plan de développement des compétences qui ressemble beaucoup à ce qu’on appelait le plan de formation. Est-ce simplement un habillage sémantique ou est-ce qu’il y a quelque chose de vraiment différent derrière ça ?

La sémantique a son importance. La différence entre un plan de formation et un plan de développement des compétences est que finalement la formation est un des moyens d’accéder à la compétence. Mais il y a aussi plein d’autres moyens, et notamment l’expérience. Apprendre en faisant n’était pas considéré comme de la formation.
Catherine Fabre, députée de la Gironde, Rapporteure de la loi Avenir

On cherche à dire aux entreprises : « pour accéder à la compétence, vous pouvez former vos salariés, mais vous pouvez aussi faire en sorte, par exemple, qu’ils apprennent avec une forme de tutorat, en situation de travail, parce que vous allez mettre en place une organisation, managériale ou apprenante, qui va faire que le processus-même du travail, de temps en temps, va être dédié à acquérir de nouvelles compétences. »

Ensuite, le plan de développement des compétences change quand même puisque la définition d’une action de formation change totalement. Elle est beaucoup plus assouplie et permet de prendre en compte des actions qui avant, n’en n’auraient pas fait partie.

Ça permet d’élargir un peu la perspective sur une question fondamentale :  » Quelle est la stratégie de mon entreprise pour que mes salariés acquièrent des compétences ? «

L.G. Point important de la réforme, le CPF. Je suis toujours une entreprise, que dois-je faire du CPF de mes salariés ? Est-ce que je m’y intéresse ? Je co-investis ? Est-ce que pour vous le co-investissement est au fondement du CPF pour sa réussite ?

C.F. Je ne dirais pas « au fondement » mais je dirais « essentiel ». Le fondement est vraiment l’autonomie du salarié par rapport à des ressources propres pour investir dans la formation.

Par contre « essentiel » car, justement, le fait que le salarié ait des ressources propres, à mon sens, est le meilleur levier pour qu’enfin il y ait un dialogue autour de la formation dans l’entreprise. Je crois beaucoupau fait d’avoir donné à chacun des salariés des ressources propres. Je pense que ça va vraiment permettre qu’il se passe quelque chose au niveau du dialogue, de l’échange dans l’entreprise sur la formation.

La réforme vue par un salarié

L.G. Deuxième posture, je suis salarié. Sur le CPF, de votre point de vue, qu’est-ce que je dois faire ? Est-ce que je dois plutôt thésauriser, attendre d’avoir un peu plus que 500 euros pour soit investir moi-même directement, soit engager une co-construction avec mon employeur ? Ou est-ce qu’à l’inverse, j’ai plutôt intérêt à déclencher quasiment tous les ans une consommation de ce CPF ?

C.F. Tout dépend de votre projet et de votre situation.

Vous pouvez à la fois financer une petite amélioration de compétences régulière (des diplômes en langues ou ce genre de choses), ou financer des choses plus importantes en thésaurisant et en cherchant d’autres financeurs que vous-même. Donc tout dépend finalement de votre projet, ou de votre envie soit d’engager un grand saut dans le gain de compétences soit de vous former régulièrement. Ça, c’est à vous finalement de choisir.

L.G. Qui dit « CPF », dit « Application CPF », dont la sortie est prévue en novembre 2019 d’après la Caisse des Dépôts. Beaucoup de personnes estiment que les salariés ne vont pas forcément très bien savoir gérer et utiliser cette application. Est-ce un point d’inquiétude pour vous ? Et si oui, comment rassurer le salarié ?

C.F. Ce n’est pas une source d’inquiétude pour moi. Je pars du constat actuel qui est que les salariés ne sont pas du tout impliqués dans leur formation. Je schématise évidemment, mais 87 % des salariés ne savent pas qu’ils ont un CPF, un compte personnel de formation. C’est pour vous dire le travail qu’il y a à faire en éducation à l’orientation professionnelle, à la formation professionnelle.

Pour moi, le fait qu’il y ait une application qui soit intuitive, qui ressemble aux applications qu’on utilise tous les jours avec les smartphones, ça va forcément rendre l’accès à la formation beaucoup plus intuitif et beaucoup plus simple, pour la plupart des salariés.

Peut-être que l’approche juste de l’individu ne sera pas suffisante, c’est vrai que l’on n’achète pas une formation comme on achète une baguette de pain. Mais jusqu’à présent, on avait tellement peur que les gens ne sachent pas se frayer un chemin tout seul dans leurs réflexions professionnelles que, finalement, on ne leur demandait presque pas leur avis. Je trouve ça très gênant.

Je pense que c’est justement en leur donnant les clés de leur formation, qu’ils vont commencer à se poser des questions, qu’ils vont voir la complexité de la chose, que peut-être ils vont se tromper au début, mais c’est ça qui est intéressant, c’est d’amener toute une population de salariés à acquérir cette culture de l’investissement dans sa formation.

Si on reste comme on est aujourd’hui, à finalement ne pas leur poser la question, ils n’acquerront jamais cette culture et il faut qu’ils l’acquièrent. Tout l’enjeu est là. Ça prendra peut-être du temps, et il faut qu’il y ait tout un tas de personnes pour les conseiller comme les conseillers en évolution professionnelle ou les opérateurs de compétences. J’insiste, c’est un de leur rôle important. C’est aussi au sein de l’entreprise qu’il peut y avoir ce genre d’échanges.

Je pense que si ce sujet devient un sujet du quotidien, parce qu’on a une application du quotidien, ça devient aussi une conversation de tous les jours et petit à petit, finalement, un sujet qu’on maîtrise.

La réforme vue par les OPCA – OPCO

L.G. Troisième posture, celle de l’OPCA/OPCO. En ce moment, le paysage des OPCA/OPCO est l’objet d’une grande restructuration. Ai-je été si mauvais que ça au cours des années précédentes pour subir une telle restructuration ?

C.F. Non, bien sûr, ce n’est absolument pas le propos. L’idée de la restructuration des OPCA, c’est de leur permettre d’atteindre une taille critique pour pouvoir, au contraire, avoir des missions beaucoup plus stratégiques et beaucoup plus génératrices de valeur ajoutée pour leurs clients, entre guillemets, que sont les entreprises ou même les branches.

Pour moi c’est stratégique. L’idée est de faire en sorte que toute l’énergie des opérateurs de compétences aille plus vers le service à haute valeur ajoutée pour le client et moins à des services, par exemple de collecte, qui présentent moins de valeur ajoutée.

Là aussi, les OPCO peuvent vraiment mettre en avant leur expertise d’ingénierie dans la pédagogie de la formation. Et ça, c’est aussi quelque chose qui me paraît essentiel.

L.G. Moi OPCO, je crois comprendre que tous les ans, la ventilation des fonds légaux sera possiblement différente. La répartition du 1% ou du 1,68% risque de varier selon des choix orchestrés à France Compétences. Est-ce que cette différence de ventilation d’année en année ne risque pas de créer des incertitudes, et de me poser des problèmes de financement des politiques de formation vis-à-vis de mes entreprises adhérentes ?

L’idée est quand même de garder une stabilité et une continuité dans la politique de formation, il n’est pas question de changer du tout au tout d’une année sur l’autre. A mon avis, ce sont vraiment des variations à la marge qui peuvent se faire.

Finalement, vous avez des droits dédiés au niveau du CPF, vous avez de la mutualisation pour les moins de 50, vous avez un financement qui est garanti au niveau de l’apprentissage… donc vous voyez que les éléments de financement, ils sont assez clairement définis, puisque par exemple, quelqu’un en CPF sait qu’il a 500 euros par an ou 800 euros quand il est moins qualifié. Une entreprise de moins de 50 salariés sait que si elle bâtit un plan de formation ambitieux, globalement, elle aura des capacités de financement de la part de son OPCO qui seront intéressantes puisqu’elle sera bien dans la cible de ce que l’OPCO peut financer.

Donc je pense qu’au contraire, la lisibilité sera plus importante que ce qu’elle peut être aujourd’hui.

Conclusion

L.G. Merci Catherine d’être venue nous voir ce matin. Et comme le veut la tradition, je vous laisse le mot de la fin.

C.F. Je comprends qu’il y ait des inquiétudes parce que finalement dans cette réforme, chaque acteur du système de la formation professionnelle est concerné. Mais on peut quand même relativiser ce changement de paradigme : la philosophie de ce qu’on souhaite mettre en place existe déjà depuis les réformes de 2004, puis de 2009. Il faut que les acteurs de terrain et notamment les individus, les salariés, s’emparent de leur formation. C’est basique, en pédagogie, on ne va pas apprendre à nager à quelqu’un qui ne voit pas l’intérêt de traverser la rivière.

On voit que depuis 2004, ce qu’on essaie de mettre en œuvre a un succès très relatif, car très peu de personnes se sont emparées de leur compte de formation. Aujourd’hui, c’est le moment de faire en sorte de donner les clés aux acteurs finaux, aux individus, aux entreprises, aux branches, et de faire en sorte que les intermédiaires ne se placent plus en intermédiaires mais se placent en accompagnateurs de proximité de ces acteurs qui sont les principaux concernés.

C’est tout l’enjeu de la réforme : faire en sorte que les acteurs traditionnels de la formation soient de vrais conseillers, accompagnateurs de manière à ce que chaque acteur s’empare complètement de ces enjeux professionnels, que ce soit les entreprises ou les individus avec leur propre trajectoire professionnelle.

Voilà c’est tout ce que je nous souhaite, d’arriver à impulser cette culture-là en France.

Good Morning la formation : épisode 1

La première émission a été tournée le 19 septembre dernier avec Yves Hinnekint sur les enjeux de la nouvelle réforme.

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Good Morning la formation : épisode 2

Pour cet épisode, Thierry Teboul, Directeur général de l’Afdas, répond aux questions de Laurent Gérard.

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Good Morning la formation : épisode 3

Dans cet épisode, Michel Guisembert Président de Worldskills France, répond aux questions de Laurent Gérard.

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Good Morning la formation : épisode 4

Dans cet épisode, Sylvain Humeau, Président GARF échange avec Laurent Gérard.

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