Interview

Publié le : 13.12.2016 Modifié le : 01.03.2018

FOAD, pour Formation Ouverte et À Distance. Une tendance faisant suite aux évolutions technologiques, qui évolue, et continuera dans ce sens. Pour faire le point sur ce sujet, Jacques BAHRY, Président du FFFOD (Forum des acteurs de la formation digitale), Directeur du Groupe INSEEC-IFG, co-Président de l'Observatoire des métiers des organismes de formation privés, nous reçoit.

Quelles sont les évolutions récentes de la FOAD?

La révolution numérique a propulsé la formation professionnelle dans une nouvelle ère. Cela s’est accompagné d’une adaptation des règles juridiques qui l’encadrent. Jusqu’à la loi du 5 mars 2014 qui a fait entrer la FOAD dans le code du Travail et l’a reconnue comme une modalité légitime de formation, le seul texte qui la régissait était la circulaire du 20 juillet 2001. Celle-ci correspondait au cadre alors en vigueur de l’obligation fiscale à la charge des employeurs et de la notion d’imputabilité des dépenses de formation. En supprimant le monopole de la feuille de présencela loi du 5 mars 2014 a donné une nouvelle impulsion à la FOAD, et le FFFOD n’y est pas pour rien… Avec le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) et la DGEFP, nous avons d’ailleurs contribué à la rédaction d’une Foire aux questions (FAQ) qui explique comment doit désormais s’effectuer la prise en charge de la FOAD.

Pouvez-vous nous dire ce qu’a apporté la loi Travail à la FOAD?

La loi du 8 août 2016 comporte des éléments très structurants dans le champ du digital et de la formation, grâce aussi au FFFOD. Elle étend notamment la FOAD à l’apprentissage. Elle introduit également des obligations en matière de formation à la charge des plateformes numériques (de type Uber) et des droits à la formation et à la validation des acquis de l’expérience pour leurs utilisateurs qui ont le plus souvent le statut de travailleur indépendant. D’autre part, cette loi élargit la notion d’action de formation à celle de parcours pour les contrats de professionnalisation. Outre les séquences de formation, ce parcours peut comprendre le positionnement pédagogique, l’évaluation et l’accompagnement de la personne qui suit la formation. Il doit permettre l’adaptation du programme et des modalités de déroulement de la formation. Cette nouvelle définition de l’action de formation s’accompagne du passage d’une prise en charge d’un coût horaire à celle d’un forfait pour l’ensemble du parcours, au titre de la professionnalisation.

Comment s’assure-t-on qu’une FOAD a bien eu lieu?

Être parvenu à dissocier la durée de formation réelle de son coût est une petite révolution. La FAQ explique clairement que la durée de la formation doit désormais être estimée. Quand un concepteur propose une formation, il évalue en même temps sa durée moyenne et les travaux que le stagiaire doit réaliser (mémoire, QCM, etc.). Ce sont ces travaux qui seront évalués et prouveront la réalité de la formation. La notion de travail effectué a supplanté l’obligation d’émargement. C’est infiniment plus probant qu’une feuille de présence qui devait être paraphée par tous les stagiaires, y compris les moins assidus… La notion de présence est d’ailleurs remplacée par celle d’assiduité. D’autre part, pour les formations longues, la mise en place de jalons pédagogiques est recommandée afin que les financeurs puissent payer l’organisme par étapes.

En quoi consistent ces jalons?

Il s’agit de décomposer le parcours de formation en périodes (15 jours ou un mois par exemple). Ces jalons doivent être négociés avec les financeurs en amont de la formation ce qui permet de leur adresser les factures et justificatifs à échéances régulières en cours de formation, selon un calendrier préétabli avec eux, et de se prémunir ainsi du risque de non-paiement de la formation lié à une sous-réalisation de cette dernière. Ces jalons permettent aux prestataires d’être payés au fur et à mesure et d’éviter ainsi des défauts de règlement en cas d’abandon en cours de formation.
Si les jalons ressemblent aux blocs de compétences, il s’agit bien de deux notions distinctes: le bloc de compétences permet d’obtenir de nouvelles compétences alors que le jalon est une séquence pédagogique.

La FOAD est-elle désormais largement entrée dans les mœurs?

On observe encore pas mal de freins à son développement, ce qui explique l’utilité de la FAQ. Le combat que nous menons pour que la FOAD se déploie largement n’est pas encore terminé. Les habitudes ont la vie dure… D’autre part, pour certains, la FOAD incite à la « formation en dehors du temps de travail » voire à la disparition du formateur. Il va falloir attendre encore quelque temps avant que les formations digitales se développent pleinement.

La FOAD menace-t-elle le présentiel?

C’est ce que certains redoutent. Je pense au contraire qu’il faut appréhender le développement de la FOAD comme une opportunité d’enrichissement pour le métier de formateur. Ce métier évolue, à l’image du degré d’exigence des apprenants en matière de qualité du présentiel. Le formateur tend de plus en plus à devenir un accompagnateur de l’autoformation comme l’affirme Philippe Carré. Quelle que soit la forme que prendra le « blended learning », il restera toujours une place pour la formation en présentiel.

Pourquoi auriez-vous préféré le terme « multimodal » à « FOAD »?

Ce terme indique davantage que les modalités de formation doivent continuer à suivre les évolutions des technologies, avec sans doute demain, une évolution forte de l’Internet, des ordinateurs quantiques et le progrès des neurosciences. Tout ceci montre que l’avenir ne ressemblera pas au présent. « Multimodal » signifie que la formation doit utiliser ce que les technologies et la science du moment mettent à sa disposition. Aujourd’hui, la FOAD est un cas particulier de la formation. Demain, le présentiel sera un cas particulier du multimodal.

Pour aller plus loin :
La FAQ du FFOD
Philippe Carré est  professeur de sciences de l’éducation à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense. Il est responsable de l’équipe de recherche « Apprenance et formation des adultes » au Centre de recherche éducation formation (CREF) dans cette université.

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