Image " L'évolution professionnelle ne doit pas se limiter à la seule dimension de l'emploi "

Interview

Publié le : 27.02.2019 Modifié le : 28.02.2019

Un arrêt de la Cour de Cassation du 5 juillet 2018 a indiqué que l'employeur devait donner les moyens à ses salariés d'évoluer professionnellement. Au-delà de l'obligation légale, l’évolution professionnelle est un accélérateur de valorisation de vos talents. Mais qu'entend-on par évolution professionnelle ? Explications avec Bernard Masingue, consultant partenaire d'Entreprise & Personnel.

Bernard Masingue

L’évolution est « une suite de transformations qui vont dans le même sens ».
Bernard Masingue, consultant partenaire d’Entreprise & Personnel.

Comment qualifier « l’évolution professionnelle » sans tenir compte de l’aspect juridique de cette notion ?

Le dictionnaire « Le Petit Robert » nous dit que l’évolution est « une suite de transformations qui vont dans le même sens ». C’est déjà un début de réponse !

On peut aussi aborder cette question de deux manières : du point de vue de l’entreprise et du point de vue de l’actif :

Pour l’entreprise, il s’agit de « l’évolution des métiers et des emplois » :

Comme adapter les salariés aux évolutions de l’entreprise et à l’évolution des emplois, aux effets de la digitalisation, par exemple, à l’apparition de nouveaux emplois…, sans même parler de l’obligation d’adaptation régie par l’article L.6321-1 du Code du Travail (voir l’encadré à la fin de cet article).

Pour l’actif, il s’agit de « l’évolution de son projet personnel et/ou professionnel »,

Qu’il soit en situation de travail ou à la recherche d’un emploi, pour l’actif ces deux évolutions vont de pair.

Les actifs sont à la recherche d’une harmonie entre leur activité professionnelle, leur évolution de carrière, et leur vie familiale. Ils préfèrent souvent perdre en rémunération mais vivre dans la ville de leur choix, là où est établie leur famille, là où ils ont acheté une maison…

L’évolution du projet personnel et du projet professionnel entrent souvent en conflit. Ce sont des points à prendre en compte par les conseillers en évolution professionnelle. Ils ne doivent pas limiter l’évolution professionnelle des individus à la seule dimension de l’emploi.

Quels sont les deux types d’évolution professionnelle ?

On peut en effet distinguer :

  1. l’évolution liée au métier (en raison de l’intérêt que l’individu porte à son métier sans qu’il y ait forcément à la clé une évolution de carrière),
  2. et l’évolution liée au statut. Dans ce cas, l’actif privilégie sa « carrière » au détriment parfois de l’intérêt professionnel d’un poste.

Une fois de plus, on constate que l’évolution professionnelle et l’évolution personnelle sont indissociables. Et ce serait une énorme erreur pour le conseiller en évolution professionnelle de se limiter à cette dernière. L’employabilité d’une personne est le résultat de la combinatoire entre ces deux évolutions. Attention à ne pas se limiter à l’intérêt que l’on porte à son métier car si celui-ci disparaît sur son bassin d’emploi, on devient inemployable, quelle que soit la compétence dont on fait preuve dans son métier…

Un salarié ambitieux est un carburant pour l’entreprise, elle ne va pas s’en priver.
Bernard Masingue, consultant partenaire d’Entreprise & Personnel.

Bernard Masingue

L’évolution professionnelle diffère si l’on est un homme ou une femme. La maternité n’est-elle pas toujours un frein à cette évolution ?

On doit en effet encore parler malheureusement du « handicap de la maternité »…

En France, nous sommes incapables de réfléchir à cette question autrement qu’en termes d’absence. Alors que pour de nombreuses femmes, la maternité offre un épanouissement tout à fait profitable pour l’entreprise. Je vois trop de jeunes professionnelles qui adoptent des comportements virils dans leur manière de manager par exemple. Or, si être maternelle apporte de la valeur dans le management, pourquoi s’en priver ? On observe par ailleurs que les salariées qui sont aussi mères de famille ont une meilleure capacité à articuler leur vie professionnelle avec leur vie familiale.

Les jeunes générations partagent plus et mieux que par le passé les charges familiales. Les jeunes salariés sont plus prompts que leurs aînés à participer à ces tâches. Leurs compagnes peuvent ainsi se consacrer davantage à leur carrière.

Dans l’entreprise, l’entretien professionnel est-il le moment où l’on peut parler de son évolution professionnelle ?

En principe oui mais en réalité, ce n’est pas vraiment le cas. On ne peut que le déplorer. Cela pose la question de la compétence de celui qui mène l’entretien. Les managers sont-ils vraiment armés pour conseiller les collaborateurs sur leur évolution professionnelle? Cette question est le plus souvent abordée lors de l’entretien annuel d’évaluation plus facile à mener. Pour respecter l’obligation de mener tous les deux ans un entretien professionnel, les employeurs ajoutent souvent un avenant « entretien professionnel » à l’entretien annuel. Le CEP est l’outil le plus approprié pour discuter de cette question, en dehors de l’entreprise.

tout savoir sur l’entretien professionnel

L’obligation d’adaptation à la charge des employeurs (art. L.6321-1 du CT)

L’employeur assure l’adaptation des salariés à leur poste de travail.

Il veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi, au regard notamment de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations.

Il peut proposer des formations qui participent au développement des compétences, y compris numériques, ainsi qu’à la lutte contre l’illettrisme, notamment des actions d’évaluation et de formation permettant l’accès au socle de connaissances et de compétences défini par décret.

Les actions de formation mises en oeuvre à ces fins sont prévues, le cas échéant, par le plan de développement des compétences mentionné au 1° de l’article L.6312-1).

Elles peuvent permettre d’obtenir une partie identifiée de certification professionnelle, classée au sein du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) et visant à l’acquisition d’un bloc de compétences.

Evolution Professionnelle

L’employeur doit donner les moyens à ses salariés d’évoluer professionnellement

C’est ce que vient de décider la Cour de cassation dans un arrêt rendu le 5 juillet 2018. En ne permettant pas à son salarié de bénéficier de formations qualifiantes qui auraient pu favoriser son évolution professionnelle, l’employeur a manqué à son obligation de formation.

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