Interview

Publié le : 19.03.2018

S'il fallait démontrer que l'alternance permet de s'inscrire dans une filière, de partir du BEP pour sortir avec un titre d'ingénieur, Marc Spanjers éleveur de vaches laitières en Charentes est un cas d'école. Passé par le réseau des MFR et l'école d'ingénieurs de Purpan, Marc est un éleveur-ingénieur qui fait l'éloge de l'alternance… à condition que le jeune "en veuille" !

Si le bonheur existe, c’est bel et bien dans le pré qu’il se trouve ! Ce n’est pas Marc Spanjers, 37 ans, éleveur de vaches laitières en Charentes qui le démentira. « J’ai la vie dont je rêvais« , dit-il. Il n’a pas dû aller bien loin pour réaliser son rêve puisqu’il co-dirige avec ses parents l’exploitation familiale de 300 bovins. Mais il insiste : « On ne m’a pas imposé ce métier. » Ses frères et sa sœur ont choisi d’être maçon, boulanger, architecte et serveur. A 14 ans, Marc Spanjers en a eu assez de l’école. « Je ne me voyais pas aller en filière générale, l’agriculture m’attirait déjà mais les métiers de l’informatique aussi, alors j’ai associé les deux et aujourd’hui, je suis un agriculteur qui fait de l’informatique ! »

Marc a trouvé sa voie au sein des MFR

C’est au sein du réseau des Maisons familiales rurales (MFR) qu’il s’est engagé dans la voie de l’alternance. « Le seul ‘deal’ avec mes parents c’était d’aller jusqu’au BTS » , raconte-t-il. Il l’a décroché, mais ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Notre jeune agriculteur rebel aux études a intégré l’école d’ingénieurs de Purpan à Toulouse et s’est engagé pour quatre années de formation supplémentaires qui lui ont permis d’obtenir le titre d’ingénieur agricole. La revanche du cancre. « Je me suis vraiment épanoui en alternance. J’ai pu faire plein de stages en France et à l’étranger, dont trois mois en Nouvelle-Zélande… grâce à l’aide financière de mes parents cependant, car les frais de transport et d’hébergement n’étaient pas pris en charge, et aucun de ces stages n’était rémunéré. »

L’alternance : un déclencheur

L’alternance a été un déclencheur pour Marc Spanjers.

J’étais dans une dynamique positive, cela me semblait dommage d’arrêter mes études. J’en ai bavé à Purpan dans certaines matières comme la physique ou la biochimie. En revanche, comme je maîtrisais bien la technique agricole, on a pu s’aider entre étudiants.
Marc Spanjers

L’agriculteur encourage les jeunes qui s’engagent dans une filière professionnelle à poursuivre autant que possible leur cursus. « Mes études d’ingénieur me sont très utiles dans mon activité d’exploitant agricole et pas seulement pour les compétences théoriques acquises. J’ai appris à m’organiser, à me concentrer, à gérer mon stress. » Marc Spanjers a aussi appris à argumenter, à théoriser, ce qu’il met en pratique dans ses mandats de président des Jeunes agriculteurs de Charentes et de président du Service de remplacement de son département.

Ne pas imposer l’alternance à tout le monde

Pourtant, il ne recommande pas cette filière à tout le monde.

Pour un jeune qui sait ce qu’il veut faire, la formation en alternance et l’apprentissage sont des filières excellentes. Mais attention, la voie professionnelle n’est pas faite pour tout le monde.
Marc Spanjers

De la même façon qu’il ne faut pas envisager l’apprentissage comme une solution à l’échec scolaire ou une voie réservée aux élèves en difficulté, « certains jeunes ne s’épanouiront que dans des études théoriques, intellectuelles« .

Rester à l’écoute des souhaits de chaque jeune

Marc Spanjers se souvient qu’en 3ème, ses professeurs avaient déconseillé à ses parents de le laisser choisir la voie de l’alternance: « Il n’est pas si mauvais que ça ! Pourquoi voulez-vous l’envoyer en apprentissage ?« . Attention à ne pas tomber dans l’excès inverse. « L’alternance est une voie de formation possible mais il ne faut pas l’imposer à tous les jeunes. Restons à l’écoute des besoins et des souhaits de chacun« , dit-il. C’est ce qu’il enseigne à ses trois enfants, avec le soutien de son épouse qui, elle aussi a su écouter ses envies : ingénieur agricole elle-même, elle s’occupe désormais d’un centre social qui accompagne les gens du voyage.

Pour MFR : « L’alternance n’est pas une formule magique ou un simple slogan »

Depuis sa création, le mouvement associatif Maisons familiales rurales (MFR) défend l’enseignement par l’alternance. On peut même affirmer que ce sont les pionniers de ce mouvement qui ont inventé, dès la fin des années Trente, la pédagogie de l’alternance.

« L’alternance n’est pas une formule magique ou un simple slogan », souligne le mouvement MFR sur son site. « Elle nécessite d’associer, dans une même dynamique éducative, différents lieux qui trop souvent s’ignorent, la famille, les loisirs, l’école, le monde du travail, et d’avoir la volonté de mobiliser, hors et dans l’école, autour du même but, tous les adultes que rencontre un jeune au cours de son projet de formation. »

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