Image "Quand on leur tend la main, les jeunes des quartiers la prennent !"

Interview

Publié le : 04.10.2018 Modifié le : 11.09.2019

Sarah Soilihi, 26 ans, championne du monde de kick-boxing (2015) et de France de karaté semi-contact (2016) est responsable nationale du projet "Une ville Terre d'emploi" au sein d'Opcalia. "Mens sana in corpore sano" : cette citation convient parfaitement à Sarah Soilihi qui mène de front une carrière de sportive de haut niveau et un doctorat de droit à l'Université d'Aix-Marseille. Elle nous livre son témoignage.

Comment avez-vous rencontré Opcalia et connu le projet « Terre d’emploi » ?

Sarah Soilihi. J’ai été invitée à participer à une Master Class sur l’alternance organisée par Opcalia à Marseille, en tant que sportive de haut niveau mais aussi comme personne engagée sur le plan associatif dans les quartiers Nord de Marseille.

L’organisme France Formation Professionnelle (FFP) qui est partenaire du projet Terre d’emploi était présent. Il m’a conviée à venir décrire mon double parcours universitaire et sportif à des jeunes en formation.

Les séances de témoignage se transformaient souvent en coaching bénévoles des jeunes qui voulaient être conseillés dans la création d’une association ou d’une société, la recherche d’un stage ou d’un emploi, qui voulaient connaître les droits et les devoirs des salariés et des employeurs, etc. Le projet Terre d’emploi lancé en 2017 prenant son essor, Opcalia m’a recrutée en tant que responsable nationale du projet, en métropole et Outremer.

Quelle est votre mission au sein d’Opcalia ?

S.S : Ma tâche consiste à aller vers des jeunes qui souhaitent se former à différents métiers (sport, animation, sécurité, hôtellerie-restauration,…) et de rechercher surtout des entreprises prêtes à les recruter. Le jeune intègre ainsi un « parcours d’excellence » : il s’immerge dans un parcours de réussite dans le cadre d’une POEC de 400h assurée par un coaching de FFP, puis il signe un contrat en alternance (contrat de professionnalisation ou d’apprentissage). Je m’assure aussi que l’entreprise d’accueil s’engage à insérer durablement les jeunes qu’elle aura formés.

C’est pour cette raison que j’ai accepté de participer au projet : nous allons à la rencontre des jeunes et leur tendons la main, ce qui est rarement le cas, et ils la prennent, contrairement à l’image parfois véhiculée sur les jeunes des quartiers ! Ils deviennent les ambassadeurs de leur propre projet et ils sont, pour Opcalia et moi, un atout pour la société car demain, c’est eux qui tendront à leur tour la main aux futures générations.

J’ai aussi pour mission de mobiliser des acteurs qui souhaitent être parrains du projet local, pour qu’ils jouent un rôle positif et soient porteurs d’une image mobilisatrice : sportifs de haut niveau, chefs d’entreprise, élus engagés,…  On est dans l’essaimage d’un savoir-faire, d’un accompagnement grâce à l’expertise de FFP (avec Morad Maachi et son équipe), mais on doit aussi être dans le « faire-savoir », par la communication, raconter de belles histoires et sortir des poncifs sur les jeunes des cités.

Comment s’effectue le sourcing ?

S.S : Je travaille avec chaque directeur régional d’Opcalia et le chef de projet local affecté à Terre d’emploi qui connaissent bien le tissu local des entreprises, par exemple des entreprises des télécoms sont intéressées par le projet, et à Mayotte où « Terre d’emploi » est déployé, nous allons former et insérer des jeunes dans le secteur de la sécurité. Les entreprises sont déjà trouvées.

D’autres secteurs qui ont eu connaissance du projet souhaitent nous rencontrer. L’ambition est d’essaimer l’opération vers d’autres secteurs et territoires ayant des besoins de compétences. L’objectif est aussi de mettre en place des opérations qui vont mobiliser des entreprises qui croient aux vertus du sport, apporteur de valeurs dans la qualité de vie au travail, le challenge et le dynamisme que peuvent apporter les sportifs dans un collectif salarié.

Je suis en contact avec les centres sociaux qui connaissent bien les jeunes, les missions locales et Pôle emploi. Malheureusement, nous sommes obligés de refuser de nombreuses candidatures.

L’objectif est en effet d’insérer 500 jeunes d’ici à 2019 : dans 8 villes en 2018, dont Sevran (Seine-Saint-Denis) et Marseille, et 10 villes l’an prochain.
Sarah Soilihi

Comment s’effectue le partenariat local entre les acteurs en charge de l’emploi et de la formation ?

S.S : Il s’agit d’un projet collectif largement partagé par tous les acteurs locaux : la Région, la ville, l’agglomération,… et les opérateurs du service public de l’emploi. On joue avec les dispositifs existants. On les optimise. À Marseille, le projet est ainsi soutenu par des élus de tous bords. Avec Renaud Muselier, le président du Conseil régional de PACA et la sénatrice Samia Ghali, nous allons organiser un évènement pour la signature des contrats d’apprentissage du premier groupe de jeunes qui terminent leur POEC.

Le projet fonctionne car il est partagé par des acteurs qui croient profondément aux vertus du sport et de l’engagement associatif pour aider à s’insérer professionnellement et dans la société.

La  bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas si compliqué de convaincre et de mobiliser des acteurs politiques locaux lorsque l’on évoque l’insertion durable des jeunes et que l’on fait preuve de pragmatisme et d’adaptabilité aux spécificités d’un territoire. Il faut être à l’écoute et proposer.

Sarah Soilihi 2

Vous êtes un modèle pour ces jeunes. Rappelez-nous votre parcours ?

S.S. Je suis originaire des quartiers Nord de Marseille et ma ténacité, dans le sport comme dans mes études, vient en partie de là. J’ai été élevée avec mes frères par une mère qui se débrouille toute seule et que j’ai toujours vue se lever à 4 heures du matin pour aller travailler. Cela m’a donné envie de m’en sortir. C’est un modèle pour moi de femme forte qui n’a jamais lâché, malgré les difficultés de la vie.

Pour ce qui est du sport, le karaté que j’ai commencé à 7 ans m’a énormément aidée. C’est une discipline qui apprend à se concentrer,  à contrôler ses émotions et à ne surtout pas renoncer. J’ai bifurqué ensuite vers le kick-boxing car j’avais besoin d’une activité plus « punchy ».

Sarah Soilihi avec son parcours de sportive de haut niveau, son cursus universitaire et son dynamisme a la capacité d’embarquer les jeunes et les acteurs de l’emploi et de la formation dans ce projet.
Vincent Graulet, Directeur des relations institutionnelles et politiques, Opcalia

C’est parce que j’ai adopté cette discipline de vie très tôt que j’ai pu mener en parallèle un double cursus : celui d’athlète de haut niveau et des études de droit jusqu’au doctorat, ce qui m’a permis de côtoyer des personnes de tous les milieux sociaux ce qui, pour moi, est une force et une chance.

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Le projet Terre d’emploi

Objectif ?
Insérer 500 jeunes des quartiers prioritaires de la ville (QPV) âgés de 18 à 25 ans, d’ici à 2019, par les métiers du sport et de l’animation.

Où ?
Dans 8 villes en 2018 dont Sevran (Seine-Saint-Denis), Marseille et Cergy (Val d’Oise), 10 villes en 2019.

Comment ?
Via un « parcours d’excellence » avec une immersion en entreprise dans le cadre d’une POEC (400 heures de formation et un coaching réalisé par l’organisme France Formation Professionnelle (FFP), et la signature d’un contrat de professionnalisation ou d’apprentissage.

Qui ?
Projet partenarial porté par Opcalia avec l’organisme FFP et les acteurs locaux en charge de la formation professionnelle et de l’emploi : Conseils régionaux, agglomérations, villes, entreprises, Pôle emploi, centres sociaux, missions locales et les jeunes eux-mêmes qui sont ambassadeurs de leur propre projet.

Au niveau national, le pilotage est assuré par Sarah Soilihi, spécialement recrutée par Opcalia et par Vincent Graulet, directeur des relations institutionnelles et politiques d’Opcalia.

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